jeudi 6 février 2014

American Bluff, ->"Arnaque, crime et belles répliques"

Dix possibilités de remporter une statuette, voilà ce qui attend American Bluff pour la soirée du 2 mars prochain. Son réalisateur, David O. Russell, est devenu, en l'espace de trois films, un incontournable pour l'Académie. Sa carrière n'a pas toujours été rose. Elle débute sur grand écran dans les années 90, il se fait notamment remarqué grâce à sa comédie noire guerrière, Les Rois du Désert. Mais suite au flop de son J'adore Huckabees, il va connaître une période un peu muette où il va connaître des difficultés à financer ses projets. Il fait son comme-back en 2010 avec Fighter, un film qui plafonnait à boucler son tournage depuis quatre ans avant son arrivée. Premier triomphe du réalisateur aux Oscars, Fighter repart avec deux statuettes (meilleur acteur et actrice dans un second rôle). Deux ans plus tard, il adapte un roman de Matthew Quick. Happiness Therapy récolte sept nominations et demeure la consécration de Jennifer Lawrence en tant que Meilleure Actrice.
Pour American Bluff, David O. Russell a réunis les quatre stars de ses précédents films. Dense et survolté, American Bluff dresse un portrait un peu acerbe d'une Amérique que l'on regarde dans le rétro. Avec une reconstitution "so 70's", David O. Russell s'est inspiré de l'affaire Abscam pour son nouveau scénario. Soit deux escrocs obligé par le FBI d'attraper les politiciens corrompus par la mafia.

D'entrée, la séquence d'ouverture du film annonce clairement la couleur. On y voit Christian Bale, bedonnant, en train d'essayer de fixer sa moumoute pour cacher sa calvitie, dans le kitch palatial du Plaza Hotel. Arrive alors Amy Adams avec un décolleté plooongeant. Pour le moment tout est silencieux. Puis... Bradley Cooper fait son entrée fracassante (au sens propre et figuré). L'acteur aborde un air sérieux et fâché, mais porte une sorte de jheri curl... Des acteurs qui ont subit des tortures capillaires. Des personnages antipathiques, que le réalisateur parvient à rendre empathiques. American Bluff a tout pour posséder un certains charme épineux. Véritable descente dans les milieux troubles de la mafia et des magistrats corrompus à travers une vraie branche de crétins, disons-le d'entrée. O. Russell ose à nouveau son cinéma décomplexé. Le côté satirique de American Bluff rappelle celui Des Rois du Désert. Le cinéaste brosse le portrait d'une Amérique post-Nixon un peu paumée. Plusieurs thèmes vont être abordés, mais le fil conducteur de ce film reste le jeu d'interprétations de rôles et d'illusions que l'opération va mettre en place, dans lesquelles les protagonistes eux mêmes vont s'égarer.
Qui escroque qui? L'intrigue du film d'arnaque est vieille comme le monde. Évidement, American Bluff n'échappe pas à la règle. Cependant, c'était l'arnaque qui était l'élément essentiel de l'intrigue du film. O. Russell, lui, met l'accent sur ses personnages, les arnaqueurs. De ce fait, plusieurs "tricks" vont prendre part à l'opération initiale. Arnaques dans l'arnaques, car chaque personnage va rajouter ses conflits d'intérêts à l'arnaque instaurée par les fédéraux, de façon à en tirer profit pour sa propre personne. Voilà ce qui va ramener de l'ampleur à l'intrigue du film. Car crise d'ego, guerre des sexes et la frontière manichéenne entre "gentils" flics et politiciens et "méchants" malfrats s'annonce bien maigre... Des personnages construits avec une histoire personnelles riches qui prime sur le fil conducteur de l'histoire d'Abscam, voilà l'originalité d'American Bluff. Au tout début de son film, une entête vient préciser: "une partie de l'histoire de ces faits est réellement arrivé". Réaliser un film basé sur une histoire partiellement vraie, nouvelle tendance? Pas vraiment. Abscam a vraiment existé mais O. Russell ose certaines libertés avec son récit. D'ailleurs O. Russell concoure dans la catégorie du meilleur scénario original, pas adapté. Parti pris gagnant. Le réalisateur assemble le tout avec une mise en scène dynamique, presque vertigineuse: Sa caméra est, tour à tour, stable et houleuse, mis bout à bout par un montage quasi-épileptique, de quoi renforcer l'opulence de certaines scènes, reflet de la décadence des magistrats du film. 

Revenons au coeur du film, ou comment une opération de routine qui va sévèrement merder à causes des divergences de chacun. Un jeu de simulations qui va rapidement virer au syndrome de "l'arroseur arrosé". Querelles, adultère, rancoeur et égoïsme sont les motifs des personnages qui se retrouvent piégés d'une arnaque qu'ils sont eux-mêmes amorcées. Ce qui provoque une inversion des formes de dominances entre la cible et le cibler, entre les forces de l'ordre et les malfrats. Mais surtout d'une supériorité du genres féminins sur le genre masculins. Ces personnages relayés, au début, au second plan (maîtresse ou femmes bafouées), elle s'avèrent être la motrice du dénouement, objet de l'orgueil de masculin ou même meneuse du jeu. Tous ces éléments contribuent à une peinture personnelle du réalisateur des autorités hauts placées de cette époque. Peinture qui pourrait presque désigner un bras d'honneur "soft" de la part du cinéaste envers son sujet. En effet, on retrouve la verve braillarde de David O. Russell. En phase de production, ce projet s'intitulait American Bullshit... Tout était dit quant au monument de la connerie de ce milieu ainsi que le virage "what the fuckesque" que prend le film vers la fin. Poussé à bout psychologiquement, les personnages vont être vite dépassé par les conséquences.
Seul défaut du film, le choix discutable d'une happy end.

On peut, à la limite, trouver quelque chose à redire sur la forme du film. un point est cependant indiscutable: Les acteurs. On ne peut que saluer leur performances, d'ailleurs omniprésente dans les quatre catégories des Oscars. Loin de toute composition académique, Ils apportent toute la dimension pathétique de l'affaire. Exception faite pour Amy Adams qui se révèlent être plutôt sans scrupules. Mention spéciale à Bradley Cooper et Jennifer Lawrence pour qui le réalisateur est prêt à laisser la caméra tourner plus longtemps en plein leurs impros. De vraies punchlines savoureuses sont échangés entre les acteurs. Et pour la première fois, depuis longtemps, on voit DeNiro réinventer son interprétation de mafioso. On est également ravi de voir Louis C.K dans un autre registre que ses comédies dramatiques atypiques.

Un quasi-sans fautes pour le réalisateur de Happiness Therapy, qui accompli, là, une démarche originale, sans passer pour un hipster arrogant. Bien que l'ensemble du casting vaut à lui tout seul le coup d'acheter une place de cinéma.

Note: 4/5

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