Avant, Riad Sattouf c'était un dessinateur de bandes-dessinées, filleul de Joan Sfar, avec une patte d'humour acerbe. Il passe une première fois à la réalisation en 2009, avec Les Beaux Gosses, inspiré de sa bande-dessiné Retour au Collège et de sa chronique hebdomadaire sur Charlie Hebdo, La Vie Secrète des Jeunes. Sattouf avait finir cette première aventure couronné du César du Meilleur premier Film.
Quatre ans plus tard, il revient avec un "conte", pour le moins acide... Jacky au Royaume des Filles se dévoile comme une relecture très personnelle de Cendrillon, situé sous une dictature sexiste où les femmes sont au pouvoir et les hommes portent les voiles, restent dans leur foyer et rêvent de mariage avec la conjointe charmante. Jacky, lui, est un des nombreux célibataires à avoir pour fantasme d'épouser la Colonnelle. Lorsque que la chef d'état organise un bal pour trouver un mari à son héritière, les choses se compliquent.
Rapidement, la comédie va l'emporter sur la structure du conte. Il est évident que L'humour de Jacky au Royaume des Filles mise sur une inversion des codes sociaux. Les femmes mènent la dictature et sont supérieurs aux hommes qui incarnent, ici, soit les mégères, soit les personnages comme Jacky, ersatz masculin du personnage du conte populaire. Riad Sattouf signe un nouveau film sans prétention. Son long-métrage prend mal de liberté vis-à-vis de sa thématique d'inversion des codes sociaux, sans chercher à expliquer le pourquoi du comment. le réalisateur se fait d'abord plaisir. On a bien vu que Jacky abordait les antipodes des genres sexuels. Une inversion qui se reflète jusque dans le vocabulaire des dialogues. Au royaume des filles (intitulé la réplique de Bubunne) on parle de "voilerie", pas de "voile", de "sodomage", pas de "sodomie". Est ce que ça un sens? Pas vraiment, puisque cette grammaire ne s'applique pas à toutes les notions de la langue. Sattouf ose plein d'idées dont il ne s'applique pas forcément à aller jusqu'au bout.
Comique de situations sur les paradoxes d'un système totalitaire sexiste font suffisamment le charme de ce film unique en son genre. Les hommes sont persécutés, bafoués par les femmes, le sourire est immédiat sur le visages des spectateurs. Sans être trop dénonciateur de certains régimes politiques ou porteur d'un message sur la tolérance, Sattouf retrouve le même ton que celui des Beaux Gosses. Cette même non-pitié pour ces personnages. Les Beaux Gosses surprenait déjà pas leur bêtises, leur manque d'hygiène et leur ringardise. Masturbations awkward et baffes en pleines gueules sont également au programme pour ces nouveaux personnage qui semblent irrécupérables Bref, que des comportements scandaleux accompagnent cette relecture de Cendrillon et ce brûlot en faveur de la parité. D'ailleurs, l'humour de Sattouf n'est pas accessibles à tout le monde. Certes, il y a d'une part des gags visuels bien placés, comme des baffes imprévisibles, mais il y a aussi et surtout des scènes comiques trans-genres osées un peu crues. Tous les acteurs ont joué le jeu par delà leur engagement sincère dans leur interprétation.
Sattouf assume sa prise de liberté pour les aga de sa comédie, sans avoir de compte à rendre; Heureusement les acteurs marchent aussi dans ce sens. Pour l'occasion, le réalisateurs réuni un casting pour le moins hétéroclite. En plus de réunir les deux jeunes comédiens de son film précédent, il retrouve également ses amies Emmanuel Devos et Valeria Golino (pour deux caméos) et Noémie Lvovsky. Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon, Anémone, Valérie Bonneton et Michel Hazanavicius (oui, en tant qu'acteur) complètent la distribution. Bravo à l'ensemble des acteurs qui, en roue libre, réussissent à apporter de vraies prestations comiques à l'humour un peu glauque, très second degrés de Sattouf. Mention spéciale à Bonneton et Hazanavicius, qui après son caméo dans la deuxième saison de Platane, confirme son tempérament marrant.
Sans grande portée politique, Jacky au Royaume des Filles séduit quand même par son sujet qui amène à réflexion. Un film qui assume sa prise de position sans grande prétention. Distrayant et tordant par moment, Jacky au Royaume des Filles assure le bon divertissement intelligent.
Note: 3,5/5



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