mercredi 26 février 2014

Le huis-clos acerbe et contemporain, la nouvelle (potentielle) valeur sure de la comédie du Cinéma français

Des éléments simples: un titre court, un casting réduit simplement aux (seuls) rôles principaux, un endroit fixe, renfermé... très renfermé. Ça ressemble à du théâtre, mais, en réalité, ça n'en porte que l'influence. Car cette recette "miracle" serait, à en croire la tendance actuelle des studios français, la pépite de la comédie sur grand écran, en France. Pourtant l'adaptation de pièces comiques ne date pas d'hier. De même pour le huis-clos, qui est pratiquement un genre cinématographique à part entière. Ce serait plutôt la confrontation des deux qui résulte en tant que "trouvaille" en matière de cinéma comique.
Retour sur un "tube" du grand écran de ses deux dernières années.

Fin 2011, Saïd Ben Saïd présentait dans les cinémas de l'Hexagone, Carnage, Le dernier film de Roman Polanski, directement adapté de la pièce de Yasmina Reza, Le Dieu du Carnage. Le succès critique et publique, aussi bien en librairie que sur les planches, de l'oeuvre originale ne semblait pas échapper aux sirènes du 7ème Art. Le cinéaste attaché au projet semblait tout trouvé, afin de rester fidèle à la dimension acerbe et vicieuse de la pièce de Reza. Polanski n'avait presque plus rem à prouver dans ce domaine, aussi un casting 4 étoiles s'était ajouté à l'aventure: Jodie Foster, Kate Winslet, John C. Reilly et Christoph Waltz.
Toutefois, Carnage n'a su n'y trouver, n'y convaincre son public. Pourtant fidèle à la pièce (peut être trop à l'écriture, à l'instar de s'émanciper de la pièce pour délivrer un véritable objet de cinéma), le film de Polanski passera presque à la trappe. Cependant, Carnage semblait avoir lancer une mode sur les cinéma français. Courant 2012, sort sur les écrans Le Prénom, une nouvelle adaptation d'une pièce comique française. Cette fois, le projet est concrétiser par la même équipe que celle responsable du succès sur les planches. Seul Charles Berling remplaçait un des comédiens. L'oeuvre Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière a conquis plus de 3 millions de spectateurs, qui se sont déplacés jusque dans leurs cinéma pour voir la transposition de la pièce sur pellicule (enfin plutôt sur format
numérique). En moyenne, la Presse suit l'adhésion du public pour le film. Le Prénom devient un sérieux candidats pour les Césars, l'année suivante. Et pourtant, Le Prénom semble être le descendant direct que Carnage, mêmes influences, mêmes thématiques, mêmes parcours d'adaptation... La seule explication au succès, en France, du film plus récent par rapport à l'autre semblerait être que le public s'est mieux identifié aux personnages du Prénom que de Carnage (plus proches de la caricature de bobos new-yorkais). Il faut quand même préciser que sans l'adaptation de la pièce de Reza, la genèse cinématographique de l'oeuvre de Delaporte et de la Patellière n'aurait pas existé. 

Qu'est ce qui a fait le succès si singulier du Prénom? Et bien, tout est dans le titre ou pas... En réalité, il s'agit presque d'un pied de nez, tellement le titre est peu évocateur de l'ampleur de la pièce. Le prénom en question renvoie à l'éternelle question d'un couple en quête d'un mot à raccrocher au patronyme de leur futur nouveau né. Un prétexte (un peu caricatural) de la haute-société, un peu guindée, pour une prise de tête. Sauf que là, il s'agit bien d'un prétexte pour faire ressurgir de vieilles rancunes, des crises d'égo, de la mégalomanie, des coups bas et une guerre des sexes... Pendant près d'une heure et demie, on assiste à un feux d'artifice de pathétisme et de futilité. Ce n'est quand même pas ça qui fait vraiment le charme du film/pièce de théâtre? Eh ben si. Pourquoi? parce qu'ici le spectateurs se reconnait et se prêtent au jeu de ces personnages tellement pervers, tellement puérils, tellement auto-destructeurs, tellement... humains. Une mise en abîmes des codes sociaux passé au vitriole, voilà le succès charmeur et particulier de l'oeuvre. Un charme pourtant qui ne nie pas son inspiration par la plume de Yasmina Reza.

Seulement voilà, alors que le carton d'Intouchables semblait avoir tracé une voie à toutes les histoires à fortes dimensions humaines sur la tolérance et bien plus encore, pour le cinéma, les studios ont vu en cette forme de comédie acide et renfermé une infinie déclinaison de production d'aimant à succès en salle et de rentabilité aux box-office.
Par conséquent, voilà le thème du huis-clos dans un décors bien contemporain, des personnages des deux genres et des disputes sujettes à remettre en cause les valeurs et les codes de notre société.
Début 2014, sortait en salles Le Jeu de la Vérité, film avec lequel Europa ne dissimulait pas sa motivation de répéter la même success story que celle de Pathé avec Le Prénom - pièce de théâtre, transposé au cinéma avec la même équipe (tiens donc?)- les mêmes décors et thématiques étaient abordées, seul le pitch différait un peu. Une semaine avant ça, Divin Enfant (sorte de remake d'un film suédois par Olivier Doran) était déjà à l'affiche. Même si celui-ci sortait un peu du cadre du huis-clos et ne prétendait pas à une relecture acide des codes de la vie quotidienne, Divin Enfant avait quand même pour sujet crêpage de chignons de vieilles amitiés, rancunes tenaces et ambiance d'infidélité planante sur chacun des personnages.
Voilà maintenant que sort, pour le 30 avril, Barbecue de Éric Lavaine. Sur le papier, Barbecue n'avait pas forcément quelque chose en rapport avec cette tendance des studios français. À l'exception qu'un premier teaser mette en avant des attraits similaires aux charmes du Prénom: Un lieu clos (cette propriété grand luxe), des personnages réunis pour une occasion et des personnalités un peu bobos, un peu caricaturales, vantardes et matérialiste, et Guillaume De Tonquédec, jusqu'à ce qu'une première amorce vers la dispute sujette aux malaises des "règles" préconçues du couple en ménage ne se pointe... Le film peut très bien s'émanciper de ce qui a été vu précédemment, n'empêche que le premier argument vendeur (qu'est ce teaser) s'étale un peu sur la renommée du film Le Prénom
->Teaser de Barbecue

Pour le moment, le public semble raffoler de ces resucées, mais on a déjà vu plusieurs fois q'une perle ne peut pas être éternellement recyclée.
Le Cinéma français va surement finir par encore baisser dans l'estime de ses spectateurs (dont les reproches qui lui sont faits sont trop souvent infondés et inexacts) sur ce point. Rapidement cette mode actuel va être assimiler à une idée reçues quant à la façon que hollywood a de renouveler (plus ou moins bien) ses succès générationnels...
Tout ça pour dire qu'avec ces énièmes relectures de ce style, le Cinéma français risque de se tirer une balle dans le pied, et d'être sous-estimer de ses réelles qualités par ses consommateurs. 

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