C'est toujours un plaisir de retrouver le cinéma de Wes Anderson, son imaginaire, sa palette de couleur pastel, ses plans larges et sa petite famille (les acteurs Owen Wilson, Bill Murray, Jason Schwartzman, Willem Dafoe, Roman Coppola à la photographie et Alexandre Desplat à la musique). On connaissait l'admiration du réalisateur pour les écrits de Roald Dalh, mais cette fois si, c'est de l'oeuvre de Stefan Zweig (auteur, poète et dramaturge autrichien des deux siècles derniers) pour écrire The Grand Budapest Hotel. Même si l'univers de ce dernier était plutôt connu pour être morbide, on assiste bien ici à une relecture à la manière du cinéaste de Moonrise Kingdom. Malgré un léger penchant vers le glauque, tout ici est jubliatoire et pittoresque, soit une heure et quarante minutes impayables. Situé quelque part dans un monde aux frontières du réel, le dernier film de Wes Anderson raconte l'épopée, de la vie dans un palace de l'Europe de l'Est, pendant l'Entre-Deux Guerres.
La construction narrative de The Grand Budapest Hotel est un peu plus complexe que ce à quoi Wes Anderson nous avait habitué, du moins pour la séquence d'ouverture du film. République de Zubrowka, de nos jours, une jeune fille vient se recueillir devant le buste de son écrivain préféré. Saut dans le passé où nous rencontrons cet écrivain qui tiens à nous présenter son oeuvre: The Grand Budapest Hotel. Pour comprendre la genèse de son roman, il nous renvoie 30 ans en arrière, où il rencontre celui dont il a en réalité rédigé les mémoires. Ce dernier nous renvoie à nouveaux dans le passé, à la période ou se déroule l'intrigue principale. Rien que dans le premier quart d'heure, Anderson a fait des voyages dans le passé encore plus conséquent que les manifs réactionnaires actuelles.
Le coeur du film est la relation entre Zero, groom au Grand Budapest, et son mentor, M. Gustave, le concierge. On suit leur péripéties dans la cosmogonie très riche et très coloré du cinéaste, dont le ton (quelque part entre Agatha Christie et Ernest Lubitsch) burlesque et caustique fait mouche à tous les coups. Le paradoxe des couleurs, l'immensité des plans, chaque film de Anderson a beau contenir sa patte artistique, le réalisateur ne cesse de renouveler son univers. The Grand Budapest Hotel est à la croisée des versants de montagnes enneigées et l'architecture baroque des villages germano-polonais ou hongrois de l'époque. Bref, des décors hauts en couleurs pour des personnages qui ne le sont pas moins, tous un peu excentriques, rigolos et originaux.
Le tandem des deux personnages principaux se retrouvent impliqué dans une affaire de meurtre et de vol de tableau destiné à un héritage.Un sens de l'ironie glaciale plane sur tout le film et une ambiance mortuaire se fait clairement ressentir tout le long. Déjà pour ce côté "meurtre dans le placard" au poison ou à l'arme blanche. D'ailleurs le champs lexical de la mort est omniprésent -décès, meurtre, héritage- que des situations funeste auxquelles s'accordent très bien le second degrés et le sens du gag un peu potache du réalisateur. Plein de rebondissements très décalés rythment le film, qui ne ménage pas suspense, tension et rires. The Grand Budapest Hotel ne démérite pas les influences mentionnées précédemment. Ce film possède ses côtés si Lubitsch pour sa force comique, en apparence potache mais corrosif en profondeur, si Christie pour son humour noire, ironiquement macabre et décalé, avec ce ton un peu "anglais", si Zweig pour ce sens des passions amoureuses et de la peinture de cette époque conflictuelle. Mais surtout, si Wes Anderson, pour avoir réussi ce subtil mélange de tout ces genres artistiques, tout en développant un style bien à lui. Son découpage technique reste quand même osé et virtuose: Repousser les limites du cadre du film en performances "live" pour plus se rapprocher du cadrage du cartoon, défiant alors plusieurs aspects logiques de la Physique.
Le casting avait son importance, afin d'insuffler la vie et un dynamisme à la hauteur de ces personnages pétaradants. En tête d'affiche, on retrouve Ralph Fiennes, brillant dans le rôle de M. Gustave. En parfait accord avec les directions prises par son metteur en scène, Fiennes délivre une prestation débordante d'originalité et de créativité dans un rôle qu'on imaginait pas de composition. Loin de toute méthode académique, l'acteur incarne ce concierge gérontophile, raffiné au début pour se révéler plutôt instable par la suite. Une prestation faussement caricaturale qui renvoie au ton ironique du film par son jeu en retenu et sa spontanéité décalée, ce qui donne un peu ce côté anglais, à travers ce registre que l'on peu trouver tout droit venu d'Agatha Christie. Une performance intelligente et une prouesse comique remarquable de la part de Ralph Fiennes, ici à la tête de seconds rôles également bien barrés. Mention spéciale à Edward Norton, Adrien Brody et Mathieu Amalric.
Un vrai film au charme ravageur et truculent. Nouvel réussite du cinéaste Wes Anderson qui ne démérite pas l'Ours d'Argent reçu au Festival de Berlin pour cette comédie dramatique.
Note: 4/5




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