samedi 8 février 2014

RoboCop, -> "La Loi de Murphy"

Deuxième reboot de l'année. Après celui de Jack Ryan, le héros né de la plume de Tom Clancy, voici celui de l'officier de police Alex Murphy, aka RoboCop, personnage culte du réalisateur Paul Verhoeven. Sorti pour la première fois sur grand écran en 1987, le personnage a connu plusieurs sequels avant d'être décliné en plusieurs formats (mini-série, dessins animés et jeux vidéos). En 2014, le cyborg connaît une remise à jour et un nouveau visage. Peter Weller passe le flambeau à Joel Kinnaman (l'acteur de la version US de la série The Killing). Seules nouveautés? Non, car ce RoboCop est clairement un reboot et non pas un simple remake. Plusieurs enjeux attendait le réalisateur aux commandes de film. José Padilha (connu pour ses deux Troupes d'Élite, immersion dans une guerre entre les forces du BOPE et les trafiquants de drogue brésilens) pose clairement d'entrée de jeux qu'il ne marchera pas sur les pas du réalisateur de Total Recall et Basic Instinct. Cependant on se sent quand même en terrain familier, Les ED-209 et le reste de la technologie Omni Consumer Product, rebaptisé OmniCorp, sont encore présents, avec juste une touche de remodernisation. Par conséquent, quels enjeux attendaient Padilha aux manoeuvres de ce reboot face à la fanbase hardcore du personnage culte des eighties?

L'attrait principal de faire un remake du RoboCop de Verhoeven était de reconstituer l'intrigue dans une époque plus actuelle. Derrière le mythe qu'est devenu RoboCop, le film original dressait un portrait un peu cynique de l'Amérique "reaganienne". Une robotisation des comportements humains face à une avancée technologique, renforcement du budget militaire américain, ainsi que le projet de l'opération "Guerre des étoiles", à cette période de la Guerre Froide, était évoquée en toile de fond. Comment restituer cet aspect du film 27 ans plus tard? Padilha recontextualise son film dans le cadre géopolitique et social américain contemporain. Le rapport un peu maladif aux armes et l'ombre de la paranoïa post-11 septembre américains planent sur ce film. Ainsi la toute première séquence RoboCop (version 2014) s'ouvre sur le conflit au Moyen-Orient. Rapidement, un personnage renforce cette exégèse, celui de Samuel L. Jackson. Présentateur d'une sorte de "talk-show" focaliser sur la promotion des armes robotiques de défense, ses propos sont à peu dès l'équivalant de ceux de la NRA du futur. À part ça, le même dilemme moral de "l'homme-machine" du film original, est plutôt bien rendu. Il y a bien cette même correspondance entre le recours constant à la violence, cette addiction perpétuelle aux armes et cette crainte perpétuelle pour sa sécurité, dont est nourri le produit RoboCop, homme juste devenu machine strict et implacable, reflet de la déshumanisation des réformes quant à l'utilisation d'instruments de mort de radical.

Robocop "new generation" a su intelligemment et distinctement se démarquer du fond et de la forme du scénario du film de Verhoeven dans sa forme. Si le côté pamphlet du film de 1987 est dans l'ensemble bien réactualisé, les trouvailles pour les éléments narratifs du reboot sont assez inventifs. Les personnages-clef et les rebondissement de l'intrigue originale diffèrent pour le mieux. Toutefois, Padilha n'est pas aussi audacieux que Verhoeven... Même si les thèmes évoqués ci-dessus sont abordés dans le reboot, la satire est loin d'être à la hauteur de celle du réalisateur néerlandais. José Padhila vise plutôt le blockbuster lambda, RoboCop devient trop vite le héros lambda et le dénouement est beaucoup moins inédit que ce qui faisait le charme du film en première partie. Avec ces facilités, le cinéaste brésilien se tire une balle dans le pied car il affaibli la portée de ces personnage. Prenons l'exemple de celui de Michael Keaton (il détient le rôle du directeur général de OmniCorp). L'acteur revient au top avec cette prestation de boss capitaliste et visionnaire un peu perfide. Une performance que le réalisateur étouffe vite, en réduisant le rôle au simple rang de bad-guy stéréotypé, aussi digne que le final... faible. Bref, donner une vie de famille à Murphy n'était pas une bonne idée si elle servait uniquement à jouer sur une stratégie commerciale. Le rôle de Oldman souffre un peu du même syndrôme. Il incarne le scientifique qui élabore la transformation de Murphy. Au départ, c'est un docteur philanthrope. Petit à petit, ses superviseurs (dont Keaton) vont le pervertir, l'amener dans la part d'ombre de créateur cybernétique. Sur le papier, ça pouvait donner un personnage complexe. Mais à l'écran Oldman fini par être "obligé" de rejouer le gentil commissaire Gordon avant le clap final. En clair, trop de formules archétypales narratives finissent par plomber la portée du film.
Seul le personnage de Samuel L. Jackson sauve la donne. Il est la parfaite réverbération d'une Amérique conservatrice et militariste. À lui seul, il incarne un véritable paradoxe d'un film de science-fiction comme celui-là. Soit, une époque future imprégnée d'une idéologie archaïque. Un vrai parti pris gagnant pour ce reboot. 

En somme, rien d'imbuvable n'est proposé ici, à l'écran. Loin d'être contournable, la version de Padilha ne ferait pas honte à tout ce qu'incarnait le mythe RoboCop. Une remise à jour plutôt  et une customisation de l'univers réussies. La satire culte de la première version n'a pas reçu une seule égratignure, et continue à faire écho dans notre époque contemporaine.
Ce qui peut toutefois signifier qu'en un quart de siècle, le Progrès n'a été que technique et matérielle, certainement pas humain...

Note: 3,5/5

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