mercredi 12 février 2014

The Spoils of Babylon saison 1 ->"This Story is... An Epic One"

Funny or Die, le site d'hébergement de vidéos fondé par Will Ferrell et Adam McKay, s'est associé avec IFC, la chaîne américaine spécialisée dans la diffusion de projets indépendants, pour créer The Spoils of Babylon, une mini-série au contenu et format plutôt inédit. Soit une première (et unique) saison répartie sur 6 épisodes d'une vingtaine de minutes. Un très court format, donc, dans lequel s'enchaîne les apparitions d'acteurs célèbres. En plus de retrouver Tobey Maguire et Kristin Wiig dans les rôles principaux, Val Kilmer, Jessica Alba, Tim Robbins, Michael Sheen, Haley Joel Osment, Carey Mulligan (vocale) et Will Ferrell défilent à travers ces épisodes... totalement "mindfuck". En effet, sur ces 120 minutes, les créateurs développe un ton plus que libre, voire déjanté. Le scénario prétend raconter les aventures de la famille Morehouse, riche grâce à l'exploitation pétrolière... Du moins sur le papier! Car en réalité, The Spoils of Babylon est digne de son titre funeste, annonçant le déclin d'un empire. The Spoils of Babylon c'est une fresque historique qui dresse un portrait corrosif d'une grande partie du siècle dernier. De la grande dépression de 1929 au conflit en Iran, en passant par la guerre du Pacifique et la crise pétrolière, les créateurs Andrew Steele et Matt Piedmont réalise une satire édulcoré du capitalisme. Cepandant, cette série est bien plus que ça, c'est même un curieux objet de cinéma, très original dans sa construction et son découpage technique. Autant le dire tout de suite The Spoils of Babylon s'avère être déjà l'une des séries les plus particulières (et une des meilleures nouveautés) de l'année.
                                                       
Pitcher la série s'avère être compliqué... Le personnage principale la décru comme "épique"... Mais "déjantée" reste le terme le plus approprié. Même si le sujet qu'elle détient en ligne de mire en est assez explicite, son élaboration est nettement plus complexe. Dans un premier temps elle opère une mise en abîme du 7ème art, bien qu'elle soit une mini-série. En effet, le récit s'ouvre dans une salle de restaurant. Un homme seul, se déclare être l'auteur du roman dont la série est adapté. Car si l'on regarde plus attentivement le titre de la série, il s'agit de Eric Jonrosh's The Spoils of  Babylon. L'auteur, c'est Will Ferrell qui l'interprète (grimé, en vieux barbu obèse pour la peine), on s'attend à découvrir la flamme d'un écrivain, revenant sur la genèse de l'oeuvre d'une vie... mais pas du tout. On y découvre un vieux aigri et prétentieux, également producteur de cinéma déchu, ne tenant pas en haute estime les programmes de la télévision. Mais encore, ce n'est pas sur ce point que la série nous prend à contre-pied. On pouvait donc s'attendre à une histoire dans une histoire, en réalité le romancier n'existe même pas, ce n'est qu'un personnage du show. D'emblée, cette co-production revendique cette espèce de "twist-beginning", une fausse mise en abîme qui donne un avant-goût du ton un peu crâneur intellectuel, à prendre au second degré. Car la narration et la mise en scène sont tout aussi pédantes. La réalisation de cette série emprunte, à la limite du plagiat les formes archétypes des genres classiques du cinéma. Du mélodrame, bien sûr, mais aussi au film de guerre, de gangster, voire même certaines références littéraires. Tout ça pourrait paraître racoleur si l'utilisation de ces archétypes n'étaient pas, au final, détourné en dérision. Ces choix de mises en scènes, presque clichés, renforcent l'aspect pédant de la série. 
Prendre des personnages stéréotypés, abuser sur les slow motions et autres effets d'optiques insignifiants, faire surjouer ses acteurs, utiliser des répliques "tocs"... The Spoils of Babylon avait tout pour être nauséeux à cause de son académisme obsolète. C'était sans compter la patte Will Ferrell qui a su jouer de l'exagération et du burlesque pour déjouer les préjugés des spectateurs, attendus au tournant. Il prend ces clichés pour les mettre dans des situations inédites, qui renvoient à des clin d'oeil un peu discordant à certains genres. 
Le côté mélo prime un peu sur l'ensemble de la série. Rien que sur le poster, on peut pressentir la romance contrariée, façon Casablanca Autant en Emporte le Vent. À l'exception que celle ci est un peu glauque... car elle concerne le héros et sa soeur non-biologique. Une romance "consanguine-in law", donc. La tagline sur le poster annonçait "L'amour n'a aucune moral", okay, mais à ce point-là...  Ferrell sait être dérangeant, juste comme il faut. Bien que grotesque, cette fresque familiale contrariée donne de l'opacité à cette mini-série. Tout est caricatural et tout est détourné de façon ironique. De la séquence "vétéran" du héros et aux tournures que prend le relation entre les deux protagonistes principaux. Phases de querelles, de deuil, d'addiction tout et cliché et aussitôt détruit par l'humour des créateurs. Prenons par exemple la phase ou le personnage de Maguire entre dans une période de deuil et d'addiction à l'héroïne. Coup de blues, escapade et voix-off pessimiste, on est pas loin des écrits de Kerouac. Mais le traitement des scénaristes inflige déjà à cette séquence sa part de ridicule. Tout comme la séquence-phare du film de gangster où un homme se fait liquider dans un champs désert à côté d'une bagnole noire. Sauf que dans The Spoils of  Babylon, ce sont des militaires qui sont les assassins.
The Spoils of Babylon réussit la parfaite équation comique entre stéréotypes amplifiés, ce ton pédant simulé et ses apports déjantés, pour un résultat vraiment particulier. Il en va de même pour la réalisation qui semble se vouloir dantesque (et prétentieuse) mais qui en réalité fait des plan-séquences d'extérieur sur des maquettes (WTF?) entre plusieurs green screens bien flagrants, comme si le budget n'était pas à la hauteur de ce que voulait l'auteur (fictif) du livre. Que dire de plus sur les postiches grotesques des acteurs et les décors bien bricolés, parfois presque groovy. Plus que l'objet de sa satire, le vrai coup de maître de Funny or Die est surement d'avoir créer ici, une forme de comique singulière ou comment  intensifiant le ridicule d'une caricature en la complétant d'un évènement invraisemblable et démentiel. À l'arrivée, en résulte une saga familiale et historique qui feint en le côté nanar de la série où tout sonne (admirablement) faux.
Il faut également préciser que la direction des acteur a beaucoup participer à ce que cet humour ne se casse pas trop la gueule sur la longueur, tournée vers l'exagération, elle a oeuvrer à ce que ce beau bordel reste cohérent (malgré les apparences). On a souvent reproché à Maguire son jeu plat. En tout cas, c'est peut-être pour ça qu'ici il fait des merveilles. Haley Joel Osmont s'en sort également bien dans ce registre que l'on ne lui connaissait pas. Tim Robbins et Val Kilmer on réussit une interprétation subtilement grotesque, chacun à leur manière. Il en va de même pour Michael Sheen, que l'on regrette de voir si rare. Jessica Alba joue de son sex-appeal et Ferrell a toujours ce même ton insolent qui fait mouche. Mais celle qui sort du lot, c'est Kristin Wiig. Elle est, pour moi, la personne la plus drôle sur Terre.
Tiré par les cheveux ainsi que faussement old school et vaniteux, cette mini-série assume son engagement narratif jusqu'au bout et se révèle aussi hilarante que captivante. Un véritable ovni de la télévision que l'on attendait pas.

Note: 4/5

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire