vendredi 21 février 2014

Homeland, 3 premières saisons -> "Oh Say, Can You See By The Dawn's Early Light..."

En 2011, la chaîne US Showtime sortait du lot avec une série évènement: l'adaptation de la série Hatufim par Alex Gansa et Howard Gordon. Des audiences fracassantes pour un sujet brûlant, Homeland s'est imposé, en trois ans comme un programme phare du câble. Come-back d'acteurs, écriture de scénario aux allures turner page, Homeland a séduit et rendu addict des millions de téléspectateurs. Une retranscription et une contextualisation parfaite de la série originale israélienne. Nouveau point de vue, passage du drame au thriller pur et dur, la recette de Homeland captive grâce son intrigue géopolitique. Avant 2011, Showtime était connu pour les séries comme Dexter et Californication. Avec Homeland, Showtime était propulsé au même rang des chaines comme AMC, voire même HBO. Suspense et rebondissements on fait de la série cette plongée en pané qui attend le spectateur à chaque épisode. Brillant et aussi subtilement qu'intelligemment développée, Homeland aura marqué la télévision avec ces trois première saisons.

Le générique d'ouverture de la série présente déjà l'ambiance. Un thème musical bien jazz (variété emblématique de la culture américaine) sur lequel s'entrecoupent flash infos, communiqués de la Maison-Blanche, photos de familles, extraits des épisodes, images fantasques et concert de Louis Armstrong. Des images d'archives et des discours des différents présidents se succèdent. 30 ans de vie de l'héroïne et d'histoire du conflit au Moyen-Orient revisité côte-à-côte. Immédiatement, la confusion, le doute et enfin, le sentiment de menace plane alors devant chaque poste de télévision. Homeland se déroule dans une période bien contemporaine: L'aube des années 2010 et sa paranoïa post-11 septembre poussé à son paroxysme. La CIA traque un ersatz de Ben Laden (l'ennemi se prénomme Abu Nazir, dans la série). Un Marine est retrouvé vivant, après 8 ans de captivité, en Irak. Accueilli en héros par son pays natal, le sergent le membre du Corps des Marines est soupçonné d'être un agent retourné par une analyste de la CIA...
Tout est brillamment écrit dans Homeland. Plusieurs pistes sont amorcées grâce à des personnages très biens construits. Plusieurs fils conducteurs entrent en jeu pour des épisodes denses mais complets. Entre la mission de Langley d'anticiper une prochaine attaque sur le sol américain et l'enquête de l'analyste Mathinson sur le vétéran Brody, Homeland tisse une véritable intrigue. Un élément a fait la renommée de la série: Le suspense. Constamment sous tension, Homeland a redéfini le terme "haletant". Des rebondissements et des cliffhangers toujours subtilement écris, Homeland bénéficie des qualités des séries cultes précédentes écrites et produites par les créateurs. Même dynamique que 24 Heures Chrono, même angoisse perpétuel que X-Files.
L'intrigue de Homeland se développe très minutieusement et intelligemment, par l'intermédiaire de la richesse des personnages. Le face-à-face entre l'analyste et l'éventuel pion d'Al Quaïda qui s'intensifie beaucoup plus que sur le papier. Carrie Mathinson, l'analyste jouée par Claire Danes, est un personnage extrêmement riche. C'est d'abord cette femme brillante et patriotique (aucune connotation manichéenne), d'où son ardeur dans son travaille. Mais c'est aussi le reflet de cette paranoïa ambiante, des fantômes et séquelles morales et psychologiques laissés par la plus grosse attaque sur le sol américain.
Carrie est également bipolaire. Pour le quotidien du marine Brody (Damian Lewis), tout sonne juste. L'activité de présumé terroriste n'est forcément pas compatible avec la vie de famille. Un élément de la série qui aurait pu être destiné un pathos exécrable et donner un aspect "soap" à l'ensemble des saisons. Mais le must, reste le fait que ses deux "adversaires" vont s'éprendre l'un de l'autre, (si, si). L'une des prouesses de Homeland, est également de réussir à rendre crédible touts ses éléments narratifs rocambolesques cohérents et prenants. L'incompatibilité de cette idylle, du côté psychotique de Carrie avec son emploi à Langley, des activités de Brody... Les personnages n'arrêtent pas de se tirer une balle dans le pied, ce qui nourri intrigue et suspense. Bref, une enquête dans l'enquête. La mission de Carrie dans la traque du leader d'Al Quaïda. Déjouer les stratagèmes ennemis, programmer des forces de frappes, tout est là en arrière fond pour renforcer la trame. Attentats et assassinats, mission sur le terrain ou en coulisses sont également au programme. Tout ressemble à une partie d'échec dévastatrice, où le bilan humain est lourd à chaque manche. 
L'évolution du personnage de Brody aurait pu faire à lui tout seul de la série le show-évènement. Il incarne à lui tout seul le reflet de la psychose des États-Unis quant au poids d'une attaque terroriste. Un rôle sublimer par l'interprétation magistrale de Damian Lewis, qui parvient à retranscrire tout la complexité du personnage, un homme brisé, aux émotions spécieuses, avec la pressions de ses fantômes, et toujours cette même question à propos de ses véritables intentions. Au fur et à mesure des épisodes, les créateurs creusent la psychologie de leurs personnages et finissent par confronter les États-Unis à leur propre Histoire. La confrontation entre les deux personne de ce tandem est très intéressante (la composition de Claire Danes pour son personnage, est tout aussi engagé qu'incroyable), elle donne tout l'ampleur de la série. Son intrigue, son suspense, son regard géopolitique sur les deux antipodes ont un rapport avec ce tandem. Cette focalisation est un peu un passage à la loupe du syndrome paranoïaque et maladif de l'Amérique sur son statut de "gendarme du Monde". 
Homeland bénéficie aussi d'un super impact visuel, des images fortes qui imprègnent la rétine, par leur violences et leur dimensions symboliques, reliés à la composition du drapeau américain. 

Surprendre le public là où il ne s'y attends pas, adopter un regard un peu critique à l'égard du dernier quart de siècle, Homeland a pratiquement développé un style de narration singulier. Osé et haletant, aucune position relax n'est possible à chaque visionnage de ses épisodes.

Note: 4,5/5


-Que sera le futur de Homeland ?
ATTENTION: SPOILERS

Autant le dire tout de suite, la fin de la saison 3 a mis tout le monde sur le cul...
Tout s'apparentait à une fin de série. Et pourtant, comme à son habitude, Homeland redémarrera pour une quatrième saison, à l'automne. Un feu vert de la part de la chaîne Showtime, qui pour le moins est surprenant. Une saison 4 attendu donc, au tournant. Plusieurs challenges sont attendus, puisque' en exécutant le personnage de Brody, en fin de saison dernière, la série perd SON attrait principal. En effet, le choix audacieux n'est pas vraiment d'avoir écrit le mort de ce personnage-phare, mais plutôt de templier pour une nouvelle saison derrière. En plus de Brody, se sont 4 autres personnages qui seront a priori éclipsé de Homeland: Dana, Mike, Jess et Chris, les proches de du défunt.
De plus la question en Iran semble être classé, depuis l'opération de l'acte final de la saison 3. Par conséquent, qu'est-ce qui pourrait motivé l'attente d'une quatrième saison.

Un retour de Brody? Certainement pas, cela risquerait de nuire au ton et la renommée de la série. On avait laisser Saul retraité, en Grèce, et Carrie, enceinte, mutée à Tel-Aviv...
La forme la plus probable serait de s'attendre à un gros "reset" de l'ensemble de la série, un peu à la manière d'American Horror Story. Nouveaux personnages et nouveaux lieux au programme. Carrie et Saul seraient donc toujours d'actualité. Peut être que la rivalité entre Saul et Lockhart sera remis en avant... David Nevins, patron de Showtime, a laissé entendre que Saul pourrait être le point central de cette remise à zéro.
Rien de bien concret pour le moment... 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire