Un grand film d'une beauté cruelle. Pour sa troisième le cinéaste britannique Steve McQueen adapte l'histoire de Solomon Northup, afro-américain né libre, puis trahi et vendu comme esclave. Un puissant impact visuel et mental, et regard profondément engagé sur le film, font de lui un candidat sérieux pour les Oscar, à juste titre. Retour sur une des périodes les plus sombres de l'histoire de l'humanité, traité par une mise en scène brillante.
Cruel, glacial, bouillonnant, cru, violent mais poignant, tous ses adjectifs caractérisent la direction du cinéaste. Steve McQueen réussi une parfaite adéquation qui marque profondément le spectateurs. Cruel et glacial, car il n'en faut pas beaucoup à McQueen pour montrer les violences et horreurs physiques et psychologique de l'esclavage. Grâce à une mise en scène limpide qui sait chorégraphie la sauvagerie de la traite négrière, le cinéaste ne s'attarde sur aucun pathos. Clairvoyant, il plonge rapidement le spectateur dans le vif du sujet. La scène de la trahison est brève mais efficace: Plus en état de sobriété, Solomon s'endort dans son lit et se réveille, enchaîné, dans un cachot. Arrive un contre-maître qui aussitôt le flagelle. L'incompréhension et la peur qui passe à travers les hurlements du personnage principal devant subissant cet acte et la voix braillarde du négrier lui beugler "Tu es un esclave" donne parfaitement le ton et illustre authentiquement le passage soudain entre deux opposés que sont la liberté et l'esclavage.
Bouillonnant et violent, comme les conditions climatiques des plantations, la pénibilité du travail qui fait suer à grosse goûtes, la colère et la rage qui anime les deux "clans".
Cru, comme la violence des images, comme celles du fouet qui déchire le dos des Noirs, et la réalisation qui laisse une sensation de cuir sur la peau.
Poignant par sa dimension humaine et le regard que le cinéaste porte sur son récit et sur plusieurs siècles d'Histoire.
Tout est parfaitement retranscris, l'ambiance oppressante qui condamne les esclaves à se tenir aveugle, sourds et muets pour avoir une chance de rester en vie le plus longtemps possible. Un plan séquence à la limite du soutenable montre le personnage de Solomon pendu dans la boue, sur la pointe des pieds avec la vie de la plantation qui s'anime autours de lui, sans que personne n'ose lui porter secours. Également la sauvagerie, l'immoralité de l'esclavage qui dépasse tout les personnages du film ou même de l'Histoire en générale. Mais surtout les différentes relations entre les personnages. Comme Tarantino avait déjà su si bien le faire sur Django Unchained, McQueen a effectué un vrai travail de restauration sur la diversité des rapports maîtres-esclave possibles en cette ère. Entre la cruauté que portent certains négriers et propriétaires de plantation sur leur esclaves on observe aussi des Blancs qui s'attachent à leurs esclaves, veillent sur eux mais leur porte constamment cette propriété matérielle malsaine.
La tension dramatique du récit tient également à la vision que le réalisateur prête à l'encontre des marécages de Louisiane où se déroule les deux/tiers du film. Steve McQueen avait déjà filmé New-York, dans son précédent film Shame, en lui donnant l'aspect d'une jungle. Sur 12 Years A Slave, il filme, par quelques plans oniriques, les saules des marais comme une terre de désolation, comme si ces branches tombantes dans l'eau boueuse et vaseuse reflétait le moral des esclaves.
Mais en opposition à ces images d'une beauté funeste, le réalisateur a tourné des scènes de chants rythmés qui marque l'espoir de chaque esclave et l'avènement du Gospel.
L'ensemble des acteurs devant la caméra contribue à porter le film au niveau des espérances de McQueen. Citons, simplement pour faire court, Chiwetel Ejiofor dans le rôle principal, qui livre une prestation inouï. Seulement à travers son regard et ses yeux criards, l'acteur parvient à exprimer toute la détresse du personnage. Cependant, se contenter de ça, nous ferait passer à côté de sa prestation physique, mené par sa voix suave, presque soul. Michael Fassbender, inséparable de McQueen depuis les débuts de sa filmographie, apparait ici dans le rôle d'un propriétaire de plantation vil, transpirant la haine, aux frontières de la folie. Une première pour l'acteur, qui s'en sort à merveille. Un personnage clef de l'approche du cinéaste sur sa thématique car il est au coeur de ces rapports maître-esclave complexes. De part son attirance pour une des esclaves et son relation avec Solomon, où la crainte de l'autre est mutuel, le réalisateur et l'acteur en ont tiré un personnage, certes dépravé, mais profondément humain.
Steve McQueen signe là son meilleur film et s'inscrit comme le leader de la révolution blackpower hollywoodienne aux côté des réalisateurs Ryan Coogler et Lee Daniels.
J'aimerais également souligné le travail d'Hans Zimmer sur 12 Years A Slave. Le compositeur allemand nous avait habitué à des partitions au rythme épique. Pour ce film, il est revenu aux instruments à cordes pour des morceaux plus singulier, mais toujours aussi percutants.
Note: 4,5/5



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