On ne peut que souligner l'intelligence faite preuve pour l'adaptation de ce type d'histoire à faire pleurer dans les chaumières. L'accent a été mis les relations qu'entretient le personnage principal avec le domaine religieux (sa foi et les institutions de son enfance). L'interprétation de Judi Dench est remarquable. Elle incarne cette Philomena, une vieille dame, coupée du monde, pendant sa jeunesse par son couvent, dans sa crédulité et son éveil spirituel lors du voyage qu'elle s'apprête à faire. Sa prouesse réside à traiter ce personnage sans tomber dans la caricature et la moquerie, elle parvient à rendre communicatives les sensations de cette sexagénaire avec beaucoup d'habilité. Dench livre un tandem assez particulier avec l'acteur Steve Coogan, qui incarne un journaliste plutôt hérétique, chargé d'aider la vieille dame a retrouvé son fils, adopté par une famille d'américains, afin de pouvoir en tirer un paplar'. Le mot "alchimie" ne parviendrait pas à définir la relation qu'entretienne ces deux protagonistes. Ce qui démarre comme un échange strictement professionnel, va vite prendre une tournure trop personnelle, à nôtre grand bonheur. Car, se sont deux extrêmes idéologiques (celui de la pieuse et le renégat) qui s'opposent quant à la religion. Le débat sur la question qui ressort des ping-pongs verbaux exquis est l'une des forces du film.
Sans tomber dans la dénonciation (trop) violente des couvents, Philomena soulève quand même des idées intéressantes au sujets de ceux qui exercent l'autorité de l'église. Des méthodes que l'on pourrait croire d'une autre époque, ont amené plusieurs femmes a connaître des souffrances physiques et morales inimaginables. Une scène glauque mais superbe montre le personnage de Coogan inspecter le cimetière, laissé à l'abandon, du couvent en question. La stupeur de l'acteur devant les tombes de jeunes adolescentes recouvertes de ronces renvoie également à l'hypocrisie et la cruauté dont les membres du couvent font preuve, jusque dans l'enquête des deux personnages principaux. Quelle place accordé alors à la foi? C'est là où le film fait preuve d'ouverture d'esprit. Il précise la différence à faire entre la religion et les hommes qui en imposent leur lecture.
Mais Philomena reste avant tout le récit d'un (double) voyage initiatique très inventif: Celui de Philomena qui s'émancipe de ses barrières imposées par son éducation. Et celui de Martin Sixsmith, le journaliste rationnel blasé, qui va s'attacher à l'histoire de cette dame, au fur et à mesure des tournure que prennent l'enquête, et qui va être amener à devenir indulgent et respectueux de l'opinion des autres. Steve Coogan incarne à la perfection ce personnage à l'humour anglais (presque auto-parodique), cynique mais profondément humain.
Pour conclure, nous voici revenu à du très grand Stephen Frears.
Note: 4/5



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