Tout d'abord, une rétrospective sur ce géant de l'animation. Hayao Miyazaki c'est une enfance marqué par le chaos de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi pour une véritable passion pour les mangas qui va le conduire vers une vocation pour le dessin. En 1963, commence alors un début de carrière chez la référence d'animation nippone du moment, les studios Tôei, en tant qu'intervalliste (key animator). C'est à cette époque qu'il rencontre son futur associé, Isao Takahata. Il rejoint par la suite le concurrent direct de Tôei, A Production. Par la suite, il développe en collaboration deux feuilletons animés pour le compte d'un autre studio, Heidi et Conan, Le Fils du Futur. On est en 1978, ces deux projets sont entièrement salués comme une réussite de genre, ce qui va permettre au réalisateur de gagner en notoriété. À la faveur d'un nouveau studio, Miyazaki signe son premier film en 1979, Le Château de Cagliostro.
Pendant 5 ans, Miyazaki va se consacrer à son projet de Nausicaä de la Vallée du Vent, qu'il développe d'abord en bande-dessiné, avant de s'en servir comme tremplin, en tant que scripte et story-board, vers une adaptation sur grand écran. Le succès est tel que Miyazaki et Takahata fonde leur propre studio. L'année 1985 voit la naissance de Ghibli. inspiré par les influences épiques de Kurosawa et Mizoguchi, ainsi que par les fables d'aventures, Miyazaki va alors se focalisé sur les film de voyage du corps et de l'esprit, à la fois fantastique et nostalgique. 'aversion de la guerre est aussi commune à son oeuvre. On retrouve aussi dans son cinéma une thématique fougueuse des éléments naturelles, comme le ciel ou la forêt, parfois l'eau. Mais aussi de l'homme, la famille, l'enfance et les rêves son au coeur de sa filmographie. Tous ces éléments sont à la genèse des films cultes du cinéaste: Le Château dans le Ciel, Mon Voisin Totoro, Kiki la Petite Sorcière, Porco Rosso, Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro, Le Château Ambulant, Ponyo Sur la Falaise.
Maintenant retraité Miyazaki laisse un studio, non pas orphelin (car le cinéaste reste actif, notamment dans l'entretien du musée Ghibli, et dans le milieu des planches à dessin), mais flamboyant, boosté par l'influence du maître qui a donné naissance à un genre et une vague de jeunes réalisateurs, dont certains seront chez la concurrence émergente (Studio Chizu).
Voilà, Ghibli, un studio, un empire. Hayao Miyazaki, un créateur, un passionné de renommée internationale. Une oeuvre salué par les piliers de l'animation US, Pixar a rendu hommage au réalisateur en insérant le personnage de Totoro sous forme de peluche dans Toy Story 3. En presque une moitié de siècle de travail, ce génie originaire de Tokyo laisse une empreinte mémorable dans le milieu de l'animation et du Cinéma en générale.
Destiné à la base en format manga papier, Miyazaki revient finalement au planches à dessins de son studio pour un dernier chef-d'oeuvre du 7ème Art. Pour le titre de son dernier film, Miyazaki a repris le premier vers du dernier quatrain du poème Le Cimetière Marin, de Paul Valéry: "Le vent se lève... Il faut tenter de vivre!"
Première approche poétique du cinéaste sur ce film plus historique que fantastique. Pourtant, Le Vent Se Lève n'en est pas moins singulier du cinéma miyazakien. Le milieu de l'aviation est un sujet qui passionne le cinéaste, c'était déjà le contexte de Porco Rosso. Mais qu'y a-t-il de si singulier dans ce dernier film. Et bien, le cinéaste s'est retrouvé à travers le personnage de Jiro Horikoshi. L'histoire montre cet ingénieurs comme le créateur d'une machine à tuer, le chasseur Mitsubishi A6M Zero dont il est question dans le film. Mais la vision du cinéaste nous montre un jeune homme suivre ses rêves d'enfants, dépassé par la réalité et le contexte économique et guerrier du Japon des années 30. Pour Miyazaki, Horikoshi est principalement un garçon qui a combattu son handicap (étant myope, il ne pouvait pas devenir pilote) pour accomplir son rêve. Horikoshi est un rêveur, tour à tour la tête dans les nuages, puis dans les étoiles. Si le thème de la famille est plus en retrait dans ce long-métrage, ceux du rêve et de la nature sont bel et bien omniprésents. C'est en cela que Le Vent Se Lève rejoint le reste de la filmographie du cinéaste, la dimension fantastique est bien au coeur de ce film au réalisme historique. Elle est incarnée par les rêves constants du personnage principal. En une fraction de seconde, on bascule de la réalité à une dimension rêvée (éveillé ou non).
Le Vent Se Lève est bien plus qu'un film historique. C'est une vision poétique, une ode au Japon lors de plusieurs de ses heures sombres (guerre, épidémie, dépression). Poétique puisque l'aviation, voler dans les airs s'annonce comme un échappatoire, auquel le vent joue un rôle important, s'imposant comme un élément à part entière. Il est à la jonction entre les deux dimensions du film (réelle et fantastique), par, évidemment, tout ce qu'il regroupe, à savoir le ciel, l'air et la nature. Nature, autre thème cher au cinéaste, présent dans son ultime chef-d'oeuvre, par la simple beauté du souffle du vent sur les nuages, hélices, brins d'herbe ou mèche de cheveux. Bref, comme à son habitude, une vraie cosmogonie presque merveilleuse est développé par Miyazaki. Alors, quelle est la force de sa poésie? Qu'est ce qui soutient sa thématique évoquée ci-dessus... ? Son coup de pinceaux, la puissance émotionnelle de son dessin, véritable ballet coloré, qui surpasse celle des mots. Ici, plusieurs séquences-chocs silencieuses resteront inoubliables. Celle du séisme qui fait la gloire funeste de la Nature, où tout ce que l'homme a entrepris pour dominer la Nature se retrouve balayé. Une autre séquence aussi belle que macabre amène la guerre. Par un ciel déchiré par des nuages, Jiro observe les lumières semblables à celles de l'éclair dans le ciel. Puis il se retrouve confronté à la véritable source lumineuse: Un avion explose en vol et le voilà au milieu d'une pluie de débris. Aucun cinéaste ne nous avait habitués à des scènes spectaculaires encore dessinées au crayon, bien que l'on doivent le reconnaître ses scènes ne sont pas totalement silencieuses. Le Vent Se Lève est bien évidemment l'ultime collaboration entre le cinéaste et son compositeur attitré, Joe Hisaishi. Tout deux formes l'un des couples réalisateur/compositeur les plus emblématiques du Cinéma, avec pas moins de dix projets en commun et ne complémentarité qui ne perd jamais de son éclat.
Hayao-sensaï fait donc ses adieux avec une bel réussite. Un film qui sort un peu de son habitude avec une ampleur dramatique vraiment attendu au tournant. Toute fois, s'en est pas vraiment fini avec le cinéaste jalonnais car Le Vent Se Lève devrait faire l'objet d'un très bon director's cut (le film devait faire initialement trois heures). De quoi
Note: 4,5/5




Kazemusha?
RépondreSupprimer